Ne vous-y trompez pas ! La (sur)médiatisation a beau sublimer ce que vous croyez être un dépôt en vous, votre talent préexiste à son amplification.
Une œuvre littéraire très moyenne récupérée par l’entre-soi des critiques littéraires, des chroniqueurs, journalistes et écrivains médiatisés peut être présentée comme un Ovni littéraire à classer au panthéon des grandes œuvres de la mémoire collective.
Un chef-d’oeuvre peut être snobé parce que les cercles concentriques de validation ne l’ont pas vu venir et que l’ego des « puristes » autoproclamés s’en trouve froissé.
Il n’y a pas de mal à « vendre » une création. On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau. En tant qu’enfant de la presse écrite, de la radio et de la télé, j »ai connu des auteurs, parfaits anonymes à l’époque, prendre la « tête de Yacouba », juste pour un article goupillé par un agent littéraire dans Libération, Le Monde, Jeune Afrique… ou un passage à France 24, RFI , TV5 monde ou une chaîne publique française. Comme si l’horizon indépassable pour tout auteur africain était de faire voir sa belle gueule sur l’audiovisuel extérieur français pour se « faire respecter » par ses frères africains. Dépendance mentale risible pour des secrets de fabrication souvent inavouables de « légendes ».
J’ai vu par contre des oeuvres monumentales disparaître de la mémoire collective faute de médiatisation. Plus je connais le milieu littéraire, plus il me laisse de marbre, et moins j’ai envie d’y rester pour humer l’hypocrisie et la vanité des dieux de l’Olympe, de tous ceux et celles qui ne conçoivent la lumière que pour eux et par eux.
Il faut apprendre à exister en dehors des médias .
Que vous soyez universitaire, professionnel des médias, communicant politique, écrivain, musicien, l’omniprésence bavarde et insolente dans les médias ne garantit rien. Et même si » se faire un nom » est une obsession qui vous tenaille secrètement ou de façon ostentatoire, le choix d’une surexposition dans les médias n’est pas forcément bien inspiré.
Les vedettes d’hier ne sont pas celles d’aujourd’hui. La télé a particulièrement le pouvoir de vous faire passer pour un surhomme. On peut faire de vous un épouvantail politique, un « ovni » littéraire, un surdoué scientifique, quand la machine médiatique qui vous propulse est puissante. Mais ce n’est qu’une machine. Hors antenne vous êtes réduit à votre plus simple expression. Le seul axiome qui doit vous habiter sans once de variation : votre potentiel préexiste à sa (sur)médiatisation.
Il y a une vie hors des médias. Votre travail méthodique et régulier doit pouvoir parler pour vous, même si la postérité souvent ingrate ne le fait pas.
Battez-vous pour ce que vous ressentez ! Ne quémandez le respect de personne ! Imposez-le par un travail constant et structuré. La postérité, même la plus ingrate, fera ce qu’elle a à faire.