« Le clan Bongo, une histoire française » ou le Gabon des paradoxes projeté par Complément d’Enquête de France 2

Ce sont des images prises en mai 2014 à Libreville avec la fille aînée du président Ali Bongo, Malika, lors du New York Forum de Richard Attias, tribune d’un Gabon émergent et rutilant.Lors de ce forum, l’équipe de tournage et moi avions décidé d’aller à la rencontre de l’autre Gabon, le Gabon « des mapanes », des quartiers précaires de Lalala et de son fameux « couloir de la mort ». Hors caméra, la plupart de nos interlocuteurs nous tenaient invariablement le même discours que je partage entièrement: Il est inadmissible que dans une sorte de « monarchie républicaine », le Gabon soit régenté depuis plus de 50 ans par une seule famille qui dans une compétition électorale régulière serait battue à plate couture.L’inégale redistribution des richesses nationales est un fait qui saute aux yeux.
Mais quand on a fini de tenir un tel discours, on est vite rattrapé par un paradoxe: Au Gabon, celui qui incarne la rupture avec l’ordre ancien, ce n’est pas tant l’opposant Ping mais bien Ali Bongo « le revanchard » que tente de présenter le journaliste de France 2. Un confrère qui a le mérite d’avoir rondement mené une enquête équilibrée mais à charges, avec une technique de montage faite pour acculer l’actuel locataire du palais de bord de mer.Le timing de cette émission « hors série » n’est pas fortuit.La seconde partie de l’émission au domicile de l’avocat françafricain est aussi révélatrice d’une volonté d’attirer l’attention du nouveau pouvoir de Macron. Mais la méthode semble maladroite avec un porteur de mallettes au discours anachronique et nostalgique qui a le don d’exaspérer tous les Africains qui ont souffert de cette gouvernance parallèle.
Boudé par le pouvoir de Hollande après une réélection chaotique, résolument ouvert à la Chine et aux nouveaux pays émergents, Ali Bongo a la possibilité de rebattre les cartes de ce dépit amoureux franco-gabonais, sous l’ère Macron. Rebattre les cartes, d’accord, mais au profit de qui? Ali Bongo le sait, il ne fera pas 40 ans de pouvoir comme son père. mais il a l’obligation de laisser aux Gabonais un héritage d’espérance où les richesses du pays ne seront plus la propriété exclusive d’un clan déjà bien divisé.

Zran Fidèle GOULYZIA

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Docteur en Droit international - Ecrivain - Journaliste

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