Si vous êtes à Paris ou de passage, n’hésitez pas à faire un tour au musée du quai Branly pour découvrir l’exposition du collectionneur Bernard Collet. 131 pagnes commémoratifs d’une vingtaine de pays d’Afrique noire, plus d’un demi-siècle d’histoire franco-africaine colorée. L’africanité du wax n’est pas le sujet de mon post. Un débat d’école épuise la question de l’appropriation culturelle liée à l’imprimé en Afrique. En 2022, j’ai visité Helmond dans la banlieue de Eindhoven aux Pays-Bas, une ancienne ville industrielle qui abrite l’usine textile Vlisco depuis 1846. Chaque année, Vlisco écoule 70 millions de mètres de wax dont 90% vers l’Afrique. Le wax n’est ni néerlandais ni africain. Il est indonésien. Rare de voir un(e) Hollandais(e) même en couple avec un(e) Africain(e) arborer ces motifs chatoyants. Cette variante de dol culturel fonctionne bien jusqu’à présent. Vous ne pouvez pas priver une maman africaine de « son pagne de fête » sous prétexte qu’il n’est pas « authentiquement africain ».
Ma question transcende les réflexes consuméristes qui ont la peau dure. Il s’agit de questionner la volonté des Africains de sublimer leur propre mémoire collective plutôt que de réagir à leur spoliation. Tout semble lié à la perception endogène de la « Culture ». Ici, on légitime la clochardisation et la ghettoïsation des acteurs culturels considérés comme des amuseurs publics. Dans leur entre-soi sectaire, de nombreux acteurs et décideurs africains pensent d’abord « briller » en France pour se faire respecter chez eux. Vous verrez par exemple le Congo lancer la 11è édition du Festival panafricain de musique à Paris avec tout le narratif validant l’ubuesque entreprise. « Le panafricanisme n’est pas né en Afrique. Il a d’abord été diasporique ». Qu’à cela ne tienne, la tare congénitale est là: l’extraversion de notre propre volonté de sublimation culturelle qui procède uniquement d’un logiciel français indépassable.
La Culture, ce n’est pas le soft-power. C’est le power. Et ça, la France a compris la nuance depuis bien longtemps. Sa diplomatie culturelle est l’une des meilleures au monde ( même si sur des questions stratégique, militaire et politique, sa diplomatie est médiocre, méprisante et en déclin notoire). Orange finance la culture en Afrique francophone. Tous les instituts français font briller de jeunes talents locaux (slam, poésie, peinture, théâtre, cinéma, littérature, musique…) qui n’ont pas d’espace et de tribune dédiés à l’expression de leur art. Pendant ce temps, à Adjamé, quartier marchand abidjanais, vous trouverez des vinyles rares des grands orchestres ivoiriens des décennies 50, 60,70 côtoyer la boue. Une seule image qui dit tout !
La grandeur d’une nation se mesure à sa manière de traiter sa Culture. Tous les peuples se valent. Certains savent sublimer leur mémoire collective. D’autres se contentent de se mirer dans l’imaginaire dominant pour y rechercher une hypothétique validation.