Plusieurs fois, j’ai reçu en privé des interpellations d’amis s’inquiétant pour moi, me rappelant que mes prises de position pouvaient me fermer des portes. Il y a plus d’un an, un conseiller du ministre ivoirien de l’Intérieur m’a ouvertement dit sur un ton condescendant « petit, tu vas sentir ma force de frappe si tu continues « .J’avais juste attiré son attention sur son nouveau train de vie bourgeois, moi qui l’avais connu et interviewé en 2007 en tant qu’activiste des droits de l’homme. Que cela soit clair :
Je ne suis pas un opposant au régime d’Alassane Ouattara. Je ne suis le porte-voix de personne. Je ne suis le porte-parole d’aucun parti. Mes confrères juristes sur place le font très bien déjà. Et le système partisan ivoirien actuel n’a rien de sexy à mes yeux. Je ne vis pas caché. Je ne suis pas en exil. Je vis à Besançon. J’ai et j’aurai une seule nationalité jusqu’à mon départ de la terre des Hommes: Ivoirienne. C’est pourquoi tout ce qui touche ce pays me touche. Je ne mâche pas le pain de la victimisation, et la lumière ne m’obsède guère. J’ai appris à vivre dans la disette comme dans l’abondance. Je me bats pour ce qui paraît juste à mes yeux: une société ivoirienne qui donne la chance à tous les enfants de ce pays de relever leurs familles de l’indigence.
Je n’ai pas l’âme d’un Zorro tropical qui étreint tous les combats bâtards. Je suis un simple citoyen ivoirien politisé, attaché à sa terre natale parce que l’État ivoirien m’a tout donné, en faisant de moi un boursier de la 6è au collège, au DEA à l’université. Je ne marchanderai jamais ma liberté de ton. Et me faire taire est un vain pari.La privation de liberté, ce n’est pas ce que je redoute. Ce que je ne ferai jamais, c’est de me taire alors qu’il y a tant de choses à dire.
Personne ne naît avec la science du pouvoir. Alors quand on est aux manettes de la gestion de la Cité commune,il faut éviter de croire qu’on y est parce qu’on est doté d’une super intelligence. Évitons d’INSULTER L’ AVENIR.
Je viens de loin. Et je ne lâcherai RIEN. Si tu l’as compris, tant mieux. Si tu ne l’as pas compris, je ne le dirai pas une seconde fois.