Comment un confrère grassement logé à Dakar s’arrange-t-il pour donner des informations de première main sur des actes d’hostilités au Mali ? Comment ? De quelle couverture bénéficie-t-il ? Quelle est la logique qui sous-tend le relais médiatique systématique des actions terroristes ?
Quand on commence le métier de journaliste, et qu’on a été longtemps francocentré, on est subjugué par des noms, des figures qui rythment l’actualité politique du continent, à travers l’audiovisuel extérieur français et ses médias satellites.
En août 2012, je suis pigiste pour Africable à Kinkala dans le Pool, à l’occasion de la fête nationale du Congo. J’aperçois dans la tribune officielle le directeur de rédaction d’un papier glacé parisien pour lequel de nombreux Farafinois continuent de vouer un culte obséquieux. J’ai envie de céder à la tentation de lui témoigner toute mon admiration béate comme une groupie. Une petite voix me retient. Je comprends plus tard que le directeur de rédaction en question est l’époux d’une femme de pouvoir, et que jamais il ne nuira aux intérêts du pays dans les colonnes du papier glacier parisien spécialisé dans les récits de légende. Quatre ans plus tard, la dame en question contacte le patron du média pour lequel je travaillais en vue de la diffusion d’une vidéo compromettante d’un opposant sérieux au régime de Brazzaville ( une scénarisation d’une préparation de coup d’État ). Pourtant elle a tous les accès aux médias de l’audiovisuel extérieur français. Plus tard, ces mêmes médias vont se faire l’écho de la vidéo de l’opposant en question, sans jamais cité le média qui avait diffusé en premier la vidéo compromettante. Un média utilisé puis snobé comme une orange pressée pour servir un agenda politique. Anecdote à retrouver dans le récit consacré à mes 15 petites années de journalisme l’année prochaine au SILA 2027.
Plus vous gagnez en expérience dans le métier, mieux vous cernez le caractère et les réseaux de ceux pour qui vous aviez voué un culte souvent aveugle.
Il n’ y a aucun mérite à pratiquer du journalisme de confidentialité. C’est de l’espionnage de seconde main. Tirer profit de sa proximité ou d’une familiarité fusionnelle avec une personnalité politique pour produire des papiers pompeusement estampillés du sceau de l’exclusivité n’a rien d’un panache. C’est un ramassis de causeries de salons feutrés ou une dictée de communicants politiques pour nourrir l’angle saturé d’un récit officiel.
Bien sûr le journalisme de confidentialité nourrit et engraisse son homme. Mais on y perd sa crédibilité. Il cache de petits deals de palais entre potentats locaux et patrons de presse qui en ont fait un modèle économique juteux dans les palais africains à la légitimité extravertie. Il y a dans la grisaille de la confidentialité d’investigation menée avec rigueur et indépendance.
Médias alternatifs et veille citoyenne, la combinaison qui va déshabiller le journalisme de confidentialité, celui qui se gave de nos propres impôts pour ensuite tordre le cou à la matérialité des faits. L’ art du récit de légende a vécu. Il ne charme que ceux qui veulent y croire encore.