Tous ceux qui travaillent sur la question du livre en Côte d’Ivoire savent que la création de la Direction de l’industrie du Livre et de la promotion de la Lecture au sein du Ministère ivoirien de la Culture a été une victoire obtenue de haute lutte. Il faut saluer l’engagement des devanciers.
L’engouement que suscite la cause du livre ces dernières années en Côte d’Ivoire est admirable. Le SILA gagne en volume, les festivals régionaux suivent, les initiatives citoyennes foisonnent. Mais sans un cadre organique plus ambitieux, l’essoufflement frappera toujours à la porte du volontarisme.
J’ai retrouvé, 30 ans après, la petite bibliothèque de mon lycée dans le même état. Salle peu éclairée, rayons vides. Il y a 30 ans, je marchais jusqu’à l’Alliance française pour emprunter un roman ou un ouvrage. 30 ans après, le jeune collégien ou lycéen de la ville de San Pedro fait le même trajet. Pas de bibliothèque à la hauteur de la ville. Pourtant, on y brasse des milliards de FCFA chaque jour et la ville est en chantier. La bibliothèque de l’université polytechnique de San Pedro fait exception à l’indigence ambiante. Mais la population scolaire de San Pedro qui compte plus de 50.000 écoliers, collégiens et lycéens n’a pas ce privilège étudiant.
C’est pourquoi l’Amicale des anciens élèves du Lycée Inagohi a décidé d’être dans l’action plutôt que dans des jérémiades. Chaque année en marge du Festival International du livre de San Pedro FESTIL-San Pedro, nous ciblons un établissement pour un don d’ouvrages [ dictionnaires de langues, encyclopédies de sciences, classiques de littérature française, africaine, russe, américaine, livres de poche, bibliographies, annales, BD, livres jeunesse]. Au nom de l’Amicale, je collecte auprès de notre partenaire français [ l’Association Tri de Quingey ] et de particuliers des ouvrages que j’expédie par conteneur vers Abidjan. En 2025, l’Amicale a fait un don de plus de 1000 ouvrages à la bibliothèque du lycée Inagohi pour les 3000 élèves de l’établissement. En février 2027, elle prévoit un don de 2000 ouvrages au service de promotion de la Lecture et des bibliothèques scolaires de la Direction régionale de l’Éducation nationale de San Pedro. Ces actions citoyennes, quoique louables, ne suffisent pas.
30 ans après, les problèmes structurels demeurent de régime en régime. Ils pèsent sur le rendement des enseignants et des élèves. Les tares de l’école ivoirienne s’accumulent. Paradoxalement, comme une vieille marmite, l’école ivoirienne continue d’être un vivier inépuisable de pépites qui font la fierté du pays. On s’en fout que l’initiative vienne du RHDP, du PDCI, du PPACI, du FPI, du MGC, du COJEP ou de GPS, Aube nouvelle ou ADCI.
La Côte d’Ivoire a les moyens d’investir, sur fonds propres, dans un plan décennal de maillage national en bibliothèques et médiathèques de divers standings. La loi 2014-425 du 14 juillet 2014 portant politique culturelle nationale [ Titre VII articles 39, 40, 41, 42] pose les bases d’un transfert de compétences culturelles de l’État central vers les collectivités territoriales. En 10 ans, ce pays peut transfigurer l’économie du Livre.
Je postule l’idée de la création d’une Agence nationale du Livre ayant une autonomie administrative et financière, chargée de la dotation, de la gestion et de l’animation de ces bibliothèques et médiathèques et de la promotion nationale de la Lecture par une politique innovante de proximité. l’Agence nationale du Livre peut s’investir à faire connaître les ouvrages primés lors des prix nationaux et des prix littéraires organisés sur le territoire ivoirien. Une stratégie institutionnelle transversale visant à porter les Talents nationaux auprès d’une population scolaire de 9 millions d’écoliers, de collégiens et lycéens, en synergie avec tous les ministères concernés. Ceux qui sont adeptes d’ateliers et de séminaires peuvent peaufiner l’idée. En Côte d’Ivoire, en général, les institutions et organismes sont très attrayants sur papier. C’est leur fonctionnement qui reste désastreux.
Où trouver l’argent ? Surtout qu’on a toujours de l’argent pour des futilités mais jamais assez pour le Livre dans ce pays. Cela peut commencer par la suppression des niches budgétaires relevant de l’inflation fonctionnelle et institutionnelle en cours: Sénat, Conseil économique et social, ministres conseillers, haut représentant du PR, Médiateur de la République…
Plutôt que d’entretenir une classe politique rentière qui ne créé pas de richesses, se gargarise de deniers publics et de privilèges, il faut donner à chaque enfant de ce pays la chance de sortir de la fatalité de l’indigence par une Éducation de qualité. Ça peut se faire. Ça va se faire !
Docteur Zran Fidèle Goulyzia
Pétrucien engagé pour la Côte D’Ivoire
